IRONMAN Mont-Tremblant 2016 (FR)

Au fil d’arrivée, la voix des Ironman, Mike Reilly, était au micro : “Vincent Fortin, YOU ARE AN IRONMAN !”

Lorsque j’étais jeune, je regardais le Ironman d’Hawaï à la télévision et je me disais que les hommes et femmes qui y participaient étaient des athlètes vraiment complets ; ils nageaient, roulaient à vélo et couraient, et tout ça dans la même journée. En grandissant, j’ai pris conscience des distances qu’ils parcouraient et de l’énormité voir l’impossibilité qu’était une épreuve Ironman. Lorsque  j’ai commencé à faire du triathlon, j’avais un grand respect pour ceux qui avaient accompli des Ironmans. Plus je m’impliquais dans ce sport et que je côtoyais des Ironmans et Ironwomans, j’ai commencé à penser que moi aussi je pourrais peut-être en accomplir un. Et c’est comme ça qu’au mois d’août 2015, je me suis inscrit au Ironman Mont-Tremblant, un évènement qui, 2 ans auparavant,  je croyais réservé aux supers athlètes.

Les prévisions météo pour le jour de la course étaient loin d’être idéales. Il annonçait de la pluie forte et des risques d’orage. La veille de la course, à la réunion des athlètes, les organisateurs nous ont présenté différents scénarios, si au matin de la course, la météo était très mauvaise, et qu’ils devrait de raccourcir ou ,même annuler la nage. Même si la natation n’est vraiment pas ma portion préférée d’un triathlon, la dernière chose que je voulais c’était que la natation soit annulée et de faire le ⅔ d’un ironman. Après avoir passé autant d’heures à la piscine, un premier Ironman sans natation aurait été très décevant. Mais la chance était avec de notre côté puisqu’au matin de la course, la météo était assez bonne, sans brouillard sur le lac ou d’orage à l’horizon. On allait pouvoir nager. Après avoir fait mon échauffement dans un lac Tremblant qui était anormalement chaud, j’ai regardé le départ des professionnels. J’ai ensuite rejoint les autres athlètes de mon groupe d’âge pour prendre le départ. Les premiers 1.4km dans le lac ont été sans histoire. Il y avait  bien sûr l’habituel tumulte du départ. Lorsque 400 hommes entrent dans l’eau en même temps, on s’échange inévitablement  des coups de coudes et de pieds. J’ai rapidement pris un rythme confortable et j’ai nagé à l’intérieur des bouées. Arrivé au premier virage, je me suis vite rendu compte à quel genre de météo j’allais avoir à faire face durant la journée. Le vent s’était levé et le lac Tremblant, reconnu pour être lisse comme un miroir, était déchainé. Les vagues nous cassaient sur la tête et nous empêchaient de voir les prochaines bouées. À ce moment-là,  j’ai réalisé que  j’allais me battre contre la météo et non contre la montre. Sur le long retour vers la plage, on nageait contre les vagues et, à chaque respiration, je voyais le ciel qui se couvrait de plus en plus. Après 1h08min, je complétais les 3.8km de natation à l’intérieur de mon objectif. Après que les bénévoles m’aient aidé à retirer ma combinaison isothermique, je m’élançais vers la tente de transition.

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Le vélo est toujours la partie que je préfère et j’aime rouler à Mont-Tremblant. Lorsque j’ai enfourché mon vélo, la chaussée était sèche et il faisait chaud. Je me sentais bien et j’étais vraiment heureux de roulé. Mais, seulement 30km plus tard, dame nature a montrée son côté sombre. Le vent s’est levé et la pluie a commencé à tomber…. Mais tomber fort. J’ai gardé ma concentration sur ma puissance déployée, manger et boire. Le parcourt de Mont-Tremblant est constitué de deux boucles de 90km. À la fin de la première boucle, la pluie forte était devenue diluvienne et les descentes devenaient de plus en plus dangereuses. Certe une chaussée mouillée est plus glissante en vélo mais, en plus, il y avait littéralement des petits ruisseaux qui traversaient la route et je ne pouvais garder les yeux ouverts au-dessus de 40km/h tellement la pluie était forte. C’est à ce moment que j’ai réalisé que mon objectif #1 pour mon premier Ironman était simplement de terminé en un seul morceau, peu importe le chrono. J’ai donc adopté une stratégie conservatrice plus lente et plus sécuritaire, mais avec plus de chance de compléter la course jusqu’à la fin.

Au début de la deuxième boucle, même si je roulais prudemment et que tous les virages et descentes étaient abordés plus lentement, j’étais dans mes objectifs de puissance moyenne. Mais la pluie commençait à me peser lourd sur le moral. Pour me divertir, je chantais “Si tu aimes le soleil” et “ yellow submarine”.  Je mangeais également mes rations spéciales que j’avais dans mes poches de maillot, expressément pour ses moments plus difficiles. Lorsque  j’ai traversé la “rivière”, entre la montée Ryan et la 117 Nord, mon capteur de puissance a rendu l’âme! Je devais donc gérer mon effort purement à l’instinct plutôt que d’avoir une mesure tangible (puissance déployée en watts) sur quoi me fier. Dans les épreuves d’endurance, spécialement dans des conditions venteuses et côteuses, pouvoir gérer son effort à partir d’une mesure tangible est la meilleure façon de s’assurer garder l’allure sans toutefois dépenser trop d’énergie. Le vent c’était définitivement invité à l’épreuve et la région de Mont-Tremblant est loin d’être plat comme une crêpe! Mon deuxième passage sur le 117 nord c’est tout de même bien déroulé, mais j’ai commencé à avoir froid au retour. Mon ordinateur de vélo indiquait 18 celsius, la pluie n’avait en rien diminué et j’affrontais un fort vent de face. Il faisait froid et  j’éprouvais vraiment de la difficulté à garder ma chaleur. Pour éviter l’hypothermie, je descendais encore plus lentement les côtes et je poussais fort dans les montées pour générer de la chaleur. J’ai maintenu cette stratégie pour les 50 derniers kilomètres et, bien que c’était la bonne chose à faire pour gérer ma température corporelle, je ne pouvais pas prendre avantage de la vitesse des descentes pour avoir un momentum dans les montées. Je dépensais donc beaucoup d’énergie à chacune des nombreuses montées et ce n’était définitivement pas une bonne stratégie pour le marathon à venir.

Quand je suis finalement arrivé à la transition après tout prêt de 5h40 sur le vélo, j’étais soulagé.  Soulagé de ne pas être trop derrière mon objectif en considérant la météo, mais surtout parce que j’avais roulé sur des routes plutôt dangereuses pendant 5 heures et j’avais survécu !! Et même si je ne sentais plus tous mes orteils, je n’étais pas en hypothermie. À la tente de transition, j’ai pris le temps de bien essuyer mes pieds, d’enfiler des bas secs, de manger un peu et de finalement m’élancer pour commencer le marathon.

Le parcours de course à pied est constitué de 2 boucles de 21.1km avec des stations d’aide qui offrent de l’eau, du gatorade et de la nourriture à tous les deux kilomètres. Bien avant le départ de cette journée, je savais que mon point faible allait être la course à pied. Je manquais de volume d’entraînement pour être confortable à cette distance. J’ai donc débuté à un rythme facile et confortable. Après la première station d’aide, j’ai vu ma femme, ma fille et quelques-un des mes partenaires d’entraînement qui m’encourageaient sur le bord de la route. C’est un gros plus pour le moral de voir des visages familliers. J’ai pris soin de distribuer des “high-five” à tous et j’ai même discuté un peu avec Dominique qui a couru une centaine de mètres à côté de moi. Pour le reste de la première boucle, tout était sous contrôle. Je suivais mon plan de nutrition à la lettre et je maintenais le rythme planifié. À la fin de cette première boucle, j’avais hâte de repasser devant ma famille et mes amis, les revoir et recevoir leurs encouragements m’ont donné la motivation nécessaire pour entamer la deuxième boucle.

Au 23e kilomètre, il y avait quelque chose qui clochait; tout ce que je mangeais ou buvais depuis les derniers kilomètres semblait s’empiler dans mon estomac; je ne digérais plus rien. J’étais confronté à deux choix : Continuer à courir et voir jusqu’où j’étais pour me rendre sans apport d’énergie, ou marcher dans l’espoir de faire baisser mon rythme cardiaque pour que ma digestion redémarre. Encore une fois, la décision a été prise en fonction de mon but premier, finir cette course. J’ai donc marché environ 500 mètres et je sentais que mon estomac allait mieux. J’ai pu boire de l’eau et recommencer à courir, à tout les 2 stations d’aide je marchais en peu pour pouvoir mieux manger et m’hydrater. Autour du kilomètre 26, j’étais mentalement très fatigué, les 5 heures de vélo passées sous la pluie m’avaient taxé. Pour m’occuper l’esprit j’ai commencé à courir chacun des kilomètres en pensant à une personne qui m’avait aidé durant mes entraînements. J’ai donc couru le 26e kilomètre en pensant à ma femme, le 27e pour ma fille, le 28 pour Éric (un partenaire d’entraînement) et j’ai continué ce petit jeu jusqu’au kilomètre 39, où je pouvais enfin sentir la fin. Plusieurs émotions me traversaient l’esprit durant les derniers kilomètres ; j’étais content d’être si prêt de l’arrivée, mais j’étais surtout plus que tanné d’être complètement trempé. Parce que, bien sûr, la pluie a continué pour la plus grande partie du marathon. Je voulais simplement en finir, combattre la météo pendant plus de 11 heures m’avait épuisé physique et mentalement. En rentrant dans le village, j’ai accéléré pour la finale et, en croisant la ligne d’arrivée,  j’ai entendu ce pour quoi je m’étais inscrit; l’annonceur mythique des Ironmans, Mike Reilly dire “ Vincent Fortin, YOU ARE AN IRONMAN !”

Cela m’a pris plusieurs jours pour vraiment apprécier ce que j’avais accompli durant cette journée. J’aurais pu faire  mon meilleur temps avec des conditions plus favorables mais la météo atroce a occupé mes pensées durant toute la course et m’a complètement épuisée mentalement. Par contre, je suis très fier d’avoir complété cet évènement dans les conditions les plus difficiles de l’histoire du Ironman Mont-Tremblant. Un jour j’y retournerai pour, cette fois, me battre contre le chrono.

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L’entraînement préparatoire à un Ironman est bien plus difficile que la course elle-même. Jongler avec l’horaire afin d’y entrer les longs entraînements, le travail et la famille n’est vraiment pas une tâche facile. Depuis la journée de mon inscription à l’Ironman Mont-Tremblant il y a un an, j’ai accumulé 229 km de natation, 7249 km de vélo et 1596 km de course à pied. Et pour ça, je dois dire un gros merci à ma femme et ma fille, sans leurs patientes et compréhensions, je n’aurais jamais réussi à faire l’entraînement nécessaire pour réussir cette épreuve.

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